Témoignage

Türkiye: des esprits brisés

"Tout ce qu'il me restait, c'était mon existence et mon corps"

Berfin A. a été accusée d’avoir montré à plusieurs étudiant.es, sur une période de plusieurs mois, des vidéos de propagande. Le tribunal l’a condamnée, au titre de la législation antiterroriste et du Code pénal, pour “propagande terroriste”. Elle est incarcérée, le 30 mars 2021, à la prison pour femmes de Tarsus, puis transférée le 7 février 2022 à la prison pour femmes de Kayseri. Ces deux prisons sont des établissements fermés. Elle se voit accorder une liberté conditionnelle un an exactement avant sa date de libération, le 17 janvier 2023. Elle aura passé en tout plus d’un an et neuf mois en prison, durant lesquels elle a été victime de torture sous plusieurs formes. Son régime de liberté conditionnelle la contraint à se rendre, une fois par semaine, dans les locaux des services de probation pour y signer un document. Elle nous raconte son histoire.

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En fin de compte, je suis restée en prison presque deux ans.

Les lits étaient répugnants, moisis, tachés de sang.

Elles m'ont frappé la tête contre le sol en me traînant là-bas ; j'ai encore des cicatrices.

On m'a mise dans une cellule individuelle de 4 m² pendant cinq jours.